Technologies au service du marché ou au profit du collectif: quelle responsabilité de l’école (ou des organisations de jeunesses ou assimilés) ?

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Dans un point précédent ont été proposées trois caractéristiques relevant du numérique dans l’éducation et la pédagogie : les questions de l’attention, de la construction de la pensée (en réseau ou linéaire), et de la diffusion (horizontale, chacun étant égal, ou verticale, les savants prescrivant aux autres).

Indépendamment du caractère pharmacologique de ces caractéristiques, la question de savoir qui tire profit de ces mutations est aujourd’hui au cœur du système.

A propos de l’attention, il est tout à fait évident qu’à cet endroit réside un enjeu sociétal majeur dans le monde contemporain : notre attention est devenue une précieuse denrée, les datas, les données conservées par les grands du numériques, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont, d'avis largement partagé, l’or de demain. L’éducation a un rôle fondamental à jouer dans cette nouvelle donne. Pour aider les jeunes (futurs adultes) à se protéger, pour les rendre conscients du système auquel ils participent. Non qu’il faille interdire ou proscrire mais la lucidité et l’encouragement à des prises de position en adéquation avec l’éthique que l’on veut transmettre, sont des postures de base, à entretenir sans cesse par les professionnels de l'éducation.

A propos de la structure de la pensée, la même logique consumériste utilise le caractère réseautique du Web pour saturer nos esprits et créer le besoin, évidemment sans qu’il soit jamais analysé en terme de fin et/ou de nécessité. Notre manière de surfer sur le Web renseigne les régies publicitaires sur les consommables qui nous attireront le plus, peu importe qu’ils soient utiles ou pas. Là aussi, l’éducation a fort à faire, elle qui s’inscrit dans la logique de la construction à long terme et non dans la logique de la satisfaction à court terme.

L’agencement horizontal du monde numérique (par opposition à la ligne verticale de la transmission traditionnelle) pose elle aussi question dans la logique de ce qui fait société : être tous indépendants et libres sur des îlots d’autonomie peut-il être considéré comme une forme de société ? C’est certes une forme d’illusion dominante aujourd’hui mais le mirage ne se décompose-t-il pas au fur et à mesure que nous avançons ? L’éducation est la première forme de relation sociale où il est vital d’admettre qu’une forme d’asymétrie, de verticalité est indispensable. Les enfants et les éducateurs (en fait, tous les adultes) sont égaux en qualité aux enfants/adolescents mais, à un autre stade de leur vie, ceux-ci ont besoin d’adultes qui assument la responsabilité du monde et les introduisent avec bienveillance à la communauté des humains. Les soubresauts récents de la forme démocratique (par exemple l’assimilation des droits des enfants aux droits des minorités), ainsi que la forme devenue omniprésente, de l’ « égalité numérique » ont parfois créé le malaise dans la position des adultes. Un travail de réassurance (et pas de retour au passé) sur ces questions est aujourd’hui indispensable.